Patrimoine des français en 2010
Comment vous situez-vous par rapport à la moyenne des Français en matière de patrimoine ? Une étude récente de l'Insee mesure les évolutions du patrimoine des ménages depuis six ans. Premier constat : les Français se sont repliés vers des placements moins risqués et ont privilégié l'immobilier au détriment de certains investissements traditionnellement plus performants. Une étude instructive au moment où le gouvernement s'apprête à ouvrir le vaste chantier de la réforme de la fiscalité du patrimoine.
En 2010, les ménages vivant en France détiennent une palette de placements patrimoniaux moins large qu'il y a six ans. Deux facteurs expliquent les principaux arbitrages de ces dernières années. Le premier est conjoncturel : la chute des marchés (2007-2009), provoquée par le ralentissement économique, a échaudé nombre d'épargnants qui ont préféré jouer la sécurité dans leurs placements. Le second est d'ordre fiscal : la modification de l'imposition des plans d'épargne-logement s'est traduite par une désaffection pour ce type d'épargne traditionnellement populaire. Tour d'horizon des placements gagnants et perdants du paysage patrimonial français...
Qu'est-ce que le patrimoine ?
On appelle taux de détention la proportion de ménages détenant au moins un produit de la catégorie d'actifs considérée. Il existe quatre grands types de produits patrimoniaux financiers : les livrets d'épargne, l'épargne-logement, les valeurs mobilières et les produits d'assurance-vie / épargne-retraite. L'immobilier, quant à lui, inclut le logement principal, les résidences secondaires et l'immobilier locatif.
On considère qu'un ménage détient un patrimoine dès lors qu'il possède un de ces produits. Son patrimoine est diversifié s'il possède à la fois un livret d'épargne, un produit d'épargne-logement, un produit d'assurance-vie/épargne retraite, un bien immobilier et des valeurs mobilières.
Des Français fourmis
Près de 95% des ménages vivant en France détenaient un patrimoine (voir encadré pour définition) en 2010, soit un niveau comparable à celui de 2006. Les produits financiers restent les plus répandus (92 % des ménages en détiennent), devant l'immobilier (61,7 % des ménages) et les actifs professionnels (15,7 % des ménages). Seuls 13 % des ménages possèdent les trois types de placement à la fois.
Priorité aux placements financiers sûrs
L'assurance-vie. D'année en année, le succès de l'assurance-vie se confirme, ce qui lui vaut d'être régulièrement citée comme le « placement préféré des Français ». Ainsi, en 2010, près de 42 % des ménages français détenaient au moins un contrat (ou une assurance décès) contre 35,3 % il y a seulement six ans. Ses avantages sont nombreux aux yeux des souscripteurs : une fiscalité légère (en particulier après huit ans de détention), des rendements intéressants et la possibilité d'investir avec une garantie en capital. En effet, près de 60% des détenteurs d'assurance-vie ont choisi un contrat en euros ou un Fonds en euros, sans risque donc, plutôt que des contrats en unités de compte ou multisupports investis pour partie en actions.
L'assurance-vie est notamment considérée un des meilleurs placements pour préparer sa retraite. En comparaison, le plan d'épargne retraite populaire (Perp), pourtant lancé à grand renfort de publicité pour inciter les Français à épargner en vu de leurs vieux jours, fait pâle figure. Malgré les avantages fiscaux dont il est assorti (les sommes qui y sont versées sont déductibles du revenu imposable), il n'a conquis que 4% des ménages. L'obligation de bloquer son capital jusqu'à l'heure de la retraite pour recevoir ensuite une rente viagère semble décourager les souscripteurs. On peut, d'ailleurs, noter que la récente loi sur les retraites vient de leur donner la possibilité de récupérer une partie de ce capital (20%) à la retraite.
Incontournables livrets. Les placements liquides et peu risqués se maintiennent à un niveau élevé (84,7 % contre 82,6 % en 2004), quelle que soit la tranche d'âge du ménage. Ces livrets défiscalisés - Livret A ou Bleu, Livret Développement Durable, Livret d'épargne populaire et Livret Jeune restent la première forme d'épargne des ménages, celle vers laquelle ils se replient en cas de moindre attractivité des autres formes de placement, ou d'incertitude forte concernant l'avenir : perte d'emploi, baisse du pouvoir d'achat...
Les épargnants sont en revanche beaucoup moins nombreux à avoir opté pour un compte sur livret classique (imposable) sans plafond : 6,3%, à peine plus qu'en 2004 (5,9%).
L'épargne logement boudée. Le vent a tourné, en revanche, pour les plans et les comptes épargne logement (PEL et CEL). Ces placements ont enregistré le plus net repli ces dernières années, selon l'Insee. En 2004, comme en 1998, plus de 40% des Français en possédaient. En 2010, ils ne sont plus que 31,2%. Cette désaffection a plusieurs causes. En premier lieu, le taux du prêt immobilier auquel ils donnent droit est devenu moins compétitif par rapport aux crédits classiques, dont les taux ont beaucoup baissé. De plus, les avantages fiscaux du PEL ont été écornés, ce qui a souvent incité les épargnants qui conservaient des plans très anciens à changer de placements.
L'immobilier à l'honneur
Fidèles à leur stratégie de repli sur les valeurs sûres, les Français ont été plus nombreux ces dernières années à acheter un bien immobilier. Les détenteurs de leur résidence principale représentent désormais 58 % de l'ensemble de la population (contre 55,7 % en 2004) tandis que 18,7 % possèdent une résidence secondaire ou de l'immobilier de rapport (notamment des investissements locatifs). Cette évolution a été favorisée par un ensemble de mesures publiques : exonération d'impôt sur le revenu pour les intérêts d'emprunt, loi Robien, loi Scellier...
Prudence envers la Bourse
Crise oblige, les Français se sont montrés plus circonspects envers les placements plus risqués, et notamment les valeurs mobilières (actions, obligations, sicav, fonds communs de placement¿). Un cinquième des ménages en détient, contre un quart en 2004. Et c'est la première fois depuis sa création en 2004 que le plan d'épargne en actions (PEA) s'affiche en recul.
Au total, le patrimoine des Français est donc aujourd'hui moins diversifié qu'il ne l'était en 2004. Les ménages qui détiennent chaque type de placement (livret d'épargne, épargne logement, assurance vie, épargne retraite, valeurs mobilières) sont moins nombreux : seulement 8,6% contre plus de 10% en 2004. Alors même que la diversification reste le premier conseil de tous les gestionnaires de patrimoine.
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- Interview de Jean-Patrice Prudhomme
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