Le moment de redécouvrir l'action ?
Cela pourrait sembler paradoxal de se reporter sur les actions au moment où l'Europe connaît des remous en raison du surendettement des pays périphérique de la zone euro. D'ailleurs les Français, échaudés par deux krachs boursiers en dix ans, ne se pressent pas pour réorienter leur patrimoine dans ce sens. Pourtant, plusieurs éléments plaident en faveur des actions. Pour commencer, la Bourse a peu progressé depuis un an alors que les bénéfices des entreprises se sont envolés. Ensuite, le Plan d'épargne en actions est l'un des rares placements épargnés par le tour de vis fiscal.
Que faire aujourd'hui de son épargne ? Les taux d'intérêt restent faibles et la rémunération de nombreux placements en pâtit. Dans les contrats d'assurance-vie, les rendements des supports en euros déclinent alors même que certains économistes redoutent de voir l'inflation accélérer. Or, traditionnellement, les placements préférés des Français -les livrets et les supports en euros de l'assurance vie (adossés à des obligations)- protègent mal le pouvoir d'achat d'un capital quand les prix s'emballent. D'où l'intérêt qu'ont aujourd'hui les épargnants à réfléchir à une diversification de leurs investissements sur d'autres actifs, plus rentables à long terme, plus protecteurs aussi en cas de retour des tensions inflationnistes. L'immobilier étant déjà très cher, les actions viennent tout naturellement à l'esprit.
Une fiscalité incitative
Plusieurs possibilités s'offrent aux épargnants. Ainsi, dans leur contrat d'assurance-vie, les Français peuvent très bien réorienter vers les Sicav et FCP une partie des sommes placées jusqu'alors sur le support en euros. Il est leur est également possible de souscrire ces produits dans le Plan d'épargne en actions (PEA), un des placements les plus séduisants fiscalement sur le marché. A condition de ne pas y faire de retraits avant au moins cinq ans, toutes les plus-values qui y sont réalisées sont exonérées d'impôt (mais pas de prélèvements sociaux). Alors que la fiscalité de nombreux placements a été durcie ces derniers mois, les avantages du PEA sont restés intacts. L'Etat se garde bien de décourager les Français qui s'intéressent à la Bourse.
Des marchés qui ont peu progressés
Le moment est-il bien choisi pour prendre le risque de miser sur les actions ? Les épargnants se sont souvent vu reprocher de franchir le pas trop tard et de ne se laisser séduire par les marchés financiers que lorsque ceux-ci, après plusieurs années de hausse, affichent des performances trop belles pour durer. Ce n'est pas le danger qui les menace aujourd'hui. Car si la Bourse, après l'effondrement de 2008, a rebondi en 2009, elle stagne depuis lors. Les places européennes connaissent des moments de doute et des regains d'espoir, les hausses et les baisses se succèdent, mais au final, les indices boursiers n'ont que modérément progressé depuis un an. La faible croissance économique, notamment aux Etats-Unis - l'Amérique dicte généralement le comportement des marchés financiers -, les difficultés financières des Etats les plus fragiles de la zone euro, la catastrophe au Japon ont fait plier les marchés. Ils en oublient presque les belles performances des entreprises, qui pourtant sont en temps normal la clé des hausses boursières.
Retour aux bénéfices
Or, les profits des sociétés américaines et européennes battent des records. Ils devraient, si l'on en croit le consensus des analystes financiers, encore progresser d'environ 10 % à 15 % cette année en Europe, après un bond de 40% l'an dernier. Souvent peu endettées, de nombreuses entreprises ont des réserves de liquidités importantes qui laissent espérer une reprise de l'investissement. C'est pourquoi les experts ne cessent de répéter que les cours des actions sont attrayants. Ils ne s'aventurent pas pour autant à promettre une envolée continue de la Bourse les prochaines années, même si beaucoup s'attendent à un rebond d'ici la fin de l'année.
La crise a laissé des séquelles, la croissance économique risque de rester atone à court terme, les problèmes qui ont miné le moral des marchés ces derniers mois ne sont pas résolus. Mais, les financiers avertis le savent, quand tout va bien, il est trop tard pour investir en Bourse. Les marchés ont déjà anticipé les bonnes nouvelles. Aujourd'hui, les investisseurs ont au moins la satisfaction de pouvoir commencer à diversifier leur épargne sur les actions à des cours attractifs, dans un marché qui a déjà eu son lot de déceptions et de mauvaises nouvelles.




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