Inflation ou déflation
Quel scénario pour vos placements ?
La sortie de crise s'avère délicate pour les économies occidentales. Certains économistes redoutent en effet de les voir sombrer dans la déflation, une spirale de baisses des prix, de la consommation, de l'activité et de l'emploi. D'autres, au contraire, prédisent le retour de l'inflation en raison notamment des politiques monétaires expansives des banques centrales. Ce débat ne simplifie pas la tâche des épargnants. Car les placements à privilégier quand la déflation s'installe ne sont pas ceux qu'il faut choisir si l'inflation revient.
Difficile d'investir aujourd'hui sans prêter l'oreille au débat qui divise les économistes et les grands argentiers du monde. Car les scénarios qu'ils envisagent pour l'avenir ont des conséquences directes sur les placements à privilégier. Certains, comme la Réserve Fédérale américaine (FED), estiment que le plus grand danger pour les économies occidentales encore vacillantes reste la déflation. C'est-à-dire une spirale dans laquelle la baisse des prix dissuade les consommateurs d'acheter aujourd'hui (tout sera moins cher demain), ce qui ralentit l'activité économique, décourage les entreprises d'investir, accroît le chômage... Une situation dont il est très difficile de sortir : en période de déflation, même des taux d'intérêt nuls sont impuissants à faire repartir la machine économique. C'est ce qu'a vécu le Japon depuis la fin des années 1980.
Rigueur d'un côté, planche à billet de l'autre
Ceux qui redoutent de voir les économies occidentales sombrer dans la déflation pointent du doigt le chômage élevé, la persistance d'importantes capacités de surproduction, les pressions sur les salaires, la nécessité pour les ménages américains de se désendetter (ce qui limite leur capacité à consommer), sans oublier les plans de rigueur mis en place en Europe pour réduire les déficits.
Comment expliquer alors que d'autres économistes craignent un retour de l'inflation ? Pour éviter la déflation, la FED fait marcher la planche à billet et inonde l'économie de liquidités. Or, chaque fois qu'un Etat a créé ainsi de la monnaie, l'inflation s'est réveillée. En outre, dans les pays émergents, où l'économie est plutôt en surchauffe, l'inflation, déjà forte, va de pair avec des revendications salariales. Les prix des produits qu'ils exportent vers les économies développées, et que nous consommons, vont avoir tendance à augmenter.
Quel impact pour l'épargnant ?
Si l'on se place dans l'optique d'un retour de l'inflation, avec des hausses de prix de 4 ou 5 % par an, il ne faut pas conserver des liquidités trop importantes : leur rémunération risque d'être insuffisante pour préserver le pouvoir d'achat du capital face à la hausse des prix. Il convient également d'éviter les obligations à taux fixe (la grande majorité des emprunts d'Etat ou d'entreprise). En premier lieu, l'inflation entraîne une hausse des taux d'intérêt, qui fait mécaniquement chuter les cours des obligations sur les marchés financiers. Ensuite, le montant des intérêts qu'elles procurent chaque année ne varie pas. L'épargnant ne les verra donc pas augmenter au même rythme que la hausse des prix. Si l'épargnant souhaite diversifier son patrimoine en obligations, il doit se reporter sur celles qui affichent des taux variables (qui suivront la hausse des taux) ou les obligations indexées sur l'inflation (dont les intérêts sont majorés en fonction des anticipations d'inflation). Elles sont facilement accessibles grâce à des sicav ou des fonds communs de placement spécialisés.
Privilégier les actifs réels
En période d'inflation, les placements gagnants sont traditionnellement les actifs réels, tangibles car leur valeur progresse en même temps que les prix de la vie courante. C'est le cas des matières premières et de l'or. L'immobilier peut aussi offrir le même avantage, à condition toutefois que les acheteurs conservent leur capacité d'achat, ce qui dépend notamment de l'emploi et des revalorisations de salaires (eux aussi grignotés par l'inflation), deux points inquiétants aujourd'hui. Et sous réserve aussi que les propriétaires soient libres de majorer les loyers pour que leurs revenus suivent le rythme de l'inflation. Mais surtout, l'investissement immobilier a l'avantage d'être en général financé à crédit. Or, l'inflation avantage les emprunteurs (s'ils ont choisi un prêt à taux fixe) : ils remboursent en quelque sorte en "monnaie de singe", puisque au fil du temps, la valeur de la monnaie diminue. Et la Bourse ? L'histoire montre que les cours des actions suivent en général la hausse des prix, au moins en valeur nominale, ce qui préserve le capital.
Rester liquide en cas de déflation
En période de déflation, le schéma s'inverse. Les prix baissent et il est tentant d'attendre pour investir, car cela permettra de profiter de tarifs plus attractifs. Cela avantage les épargnants qui détiennent des liquidités, même si elles sont mal rémunérées. "Cash is king" clament les Anglo-saxons. La baisse des prix s'accompagne, en outre, d'une diminution des taux d'intérêt. Celle-ci réjouit les épargnants qui détiennent des obligations : les intérêts fixes promis quand les taux étaient plus élevés semblent d'autant plus généreux que le coût de la vie diminue : le gain réel, net d'inflation, progresse. De plus, des taux plus bas permettent de dégager un gain en capital, car ils se soldent par une remontée des cours de ces obligations. En revanche, la déflation n'est favorable ni à la pierre, ni à la Bourse. Seul l'or, valeur refuge dans toutes les situations inquiétantes, reste en général aussi attractif quand l'inflation revient que lorsque la déflation s'installe.
Le scénario de la BCE
Reste, enfin, le scénario d'une stabilité des prix jugé le plus favorable à l'économie. C'est celui défendu sans relâche par la Banque Centrale Européenne. Ainsi, début février, son président Jean-Claude Trichet rappelait la volonté de l'institution européenne d'être "inflexibles sur les risques d'inflation"1. Et de rappeler : "Nous avons toujours fait ce qu'il fallait pour que la stabilité des prix soit maintenue à moyen terme, ce qui est notre mission. Nous sommes fiers d'afficher une progression moyenne des prix de 1,97% par an sur les douze premières années de la monnaie unique, ce qui correspond exactement à notre objectif d'une hausse des prix inférieure à 2% et proche de 2%."
1 Interview aux Echos le 14 février 2011.




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