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Evolution des taux de change

Les touristes qui se rendront aux Etats-Unis cet été n'auront certainement pas le même sentiment d'aisance que ceux qui s'étaient envolés outre-Atlantique l'été dernier. Et une fois revenus en France, ils risquent de trouver que leur facture à la pompe d'essence s'est quelque peu alourdi. A l'inverse, les industriels français et européens voient depuis quelques mois le ciel s'éclaircir. Le lien entre tous ces phénomènes ? Les évolutions monétaires bien sûr ! Qu'ils montent ou qu'ils baissent les taux de change ont des répercussions concrètes sur la vie quotidienne. Explications'

A l'instar des marchés actions, les marchés de change ont enregistré ces derniers mois des mouvements d'une ampleur peu commune. Ainsi, la chute de l'euro face au dollar met fin (au moins provisoirement) à presque dix années de hausse de la monnaie européenne. De son côté, la Chine a décidé à la fin du printemps de (légèrement) réévaluer sa monnaie, le yuan, accédant par la même à une demande récurrente de ses partenaires commerciaux. Sans être directement liés, ces deux phénomènes illustrent une nouvelle fois le rôle essentiel que jouent les monnaies et leurs évolutions dans les grands équilibres mondiaux. Et, surtout, on remarque dans les deux cas que ceux dont la monnaie baisse ' les Européens d'un côté, les partenaires commerciaux de la Chine de l'autre - ont tendance à s'en réjouir.

En effet, lorsqu'un pays doit relancer une économie affaiblie, la chute de sa monnaie face aux autres devises représente un incontestable atout. D'ailleurs, de nombreux économistes accueillent avec optimisme la baisse de l'euro face au billet vert. Ils y voient une bonne nouvelle pour les entreprises de la zone euro qui vont bénéficier d'un regain de compétitivité sur les marchés étrangers. Car une fois convertis en dollar, les prix des produits fabriqués en Europe seront plus attractifs.


 

Un coup de pouce aux exportations

L'avantage est double. D'abord, le surcroît d'activité sera bénéfique pour l'emploi dans une période particulièrement difficile. Il contribuera, ensuite, à accroître les bénéfices des entreprises, du moins lorsque ces dernières n'ont pas couvert le  risque de change sur leurs ventes pour plusieurs années ' une technique financière destinée à neutraliser justement l'impact des fluctuations de la monnaie sur les résultats.

Cependant, l'impact est différent selon les secteurs et les types d'activité. Une entreprise européenne qui détient un savoir faire inégalé, n'a pas de réelle concurrence sur la « niche » qu'elle occupe et a donc le pouvoir de fixer librement ses prix n'est pas forcément gênée par une monnaie forte. Cela explique, par exemple, que l'Allemagne, avec des positions dominantes dans le domaine des biens d'équipement, soit restée la première ou la seconde (selon les années) puissance exportatrice en dépit d'un euro fort.

En revanche, dans des secteurs où la concurrence internationale est vive et les produits plus standardisés, un taux de change plus attractif donne un réel coup de pouce aux entreprises européennes pour décrocher des contrats qui leur échappaient jusqu'à présent.


 

Un frein pour le pouvoir d'achat

Mais, revers de la médaille, le recul de l'euro renchérit le coût des produits importés à commencer par le pétrole, dont le commerce se fait en dollars. Ce phénomène inverse du premier va peser sur le pouvoir d'achat des Européens. Il accroît, par la même, le risque de voir l'inflation progresser en Europe, puisque les prix des produits venus d'ailleurs grimpent.

L'accès de faiblesse de la monnaie européenne change, enfin, la donne pour les voyageurs. En 2008, quand l'euro flambait face au dollar, il était très avantageux de traverser l'Atlantique, et de s'offrir des vacances aux Etats-Unis. Les prix des hôtels et restaurants semblaient soudain bien meilleur marché aux Européens. Or, ce n'est plus forcément le cas aujourd'hui. Pour les vacances 2010, certains voyagistes en France ont même revu à la hausse les tarifs de leurs séjours au Canada et aux Etats-Unis pour tenir compte de la remontée de l'euro face au billet vert.


 

Les atouts d'une monnaie forte

Une monnaie faible n'a donc pas que des atouts. L'Allemagne est ainsi très attachée à l'euro fort, car ce dernier constitue un rempart efficace contre l'inflation. Et même la Chine pourrait en venir à souhaiter un yuan plus cher. Non pour satisfaire les Etats-Unis et l'Europe, qui l'accusent depuis longtemps de doper artificiellement ses exportations grâce à une monnaie sous évaluée. Mais  pour satisfaire le désir de consommer des Chinois. Le pays est en effet à un tournant de son histoire. Il ne peut plus se contenter des exportations à bas coûts pour stimuler son économie. Il doit aussi développer son marché intérieur et donner aux Chinois les moyens de consommer. Pour améliorer leur pouvoir d'achat, les autorités peuvent avoir intérêt à réduire le coût des produits importés en réévaluant légèrement la devise nationale. Bref, le relativisme vaut aussi sur le marché des changes.

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